Hermann Huppen, connu sous le seul nom d’Hermann, était une force de la nature dans le monde de la bande dessinée. Celui que l’on surnommait « le Sanglier des Ardennes » vient de s’éteindre. 

Un Pilier de l’École Belge

Né en 1938 à Bévercé, Hermann fait ses armes dans le journal Tintin à une époque où la ligne claire domine. Pourtant, il s’en détache vite pour imposer un style plus réaliste, plus organique, et surtout plus sombre.   

Il commence par collaborer avec le scénariste Greg, une rencontre déterminante qui donnera naissance à deux séries :

  • Bernard Prince : Un ancien policier devenu aventurier parcourant les mers sur son yacht, le Cormoran.

  • Comanche : Un western crépusculaire qui a redéfini le genre, s’éloignant des clichés héroïques pour montrer la boue, la sueur et la violence de l’Ouest.

L’auteur complet : La naissance de Jeremiah

À la fin des années 70, Hermann décide de voler de ses propres ailes en devenant son propre scénariste. C’est la naissance de Jeremiah (1979), une série post-apocalyptique devenue culte.

Dans ce monde en ruines, il suit le duo Jeremiah et Kurdy Malloy. À travers eux, Hermann explore la noirceur humaine, la corruption et l’absurdité du monde. Ce n’est pas de la science-fiction de pacotille ; c’est une étude sociale brute, servie par un dessin qui gagne en nervosité au fil des décennies.

Je ne dessine pas pour faire joli, je dessine pour raconter le monde tel que je le ressens : dur et imprévisible.

Hermann

Le maître de la couleur directe

L’une des grandes révolutions d’Hermann est son passage à la couleur directe dans les années 90. Contrairement à la méthode traditionnelle (trait à l’encre puis mise en couleur par un tiers), Hermann peint directement ses planches à l’aquarelle.

Ses albums comme Les Tours de Bois-Maury (une fresque médiévale d’une précision historique rare) ou ses « one-shots » (Lune de guerre, Caatinga) montrent sa maîtrise de la lumière et des atmosphères. Sous son pinceau, la pluie semble mouiller le papier et la poussière étouffer le lecteur.

Pourquoi Hermann est-il incontournable ?

  • Son réalisme sans concession : Chez lui, les héros ne sont pas toujours beaux, et la justice ne triomphe pas systématiquement.

  • Sa technique : Un trait hachuré, nerveux, capable de rendre la nature aussi vivante que menaçante.

  • Sa longévité : Sacré Grand Prix d’Angoulême en 2016, il reste l’un des auteurs les plus prolifiques et respectés de la BD franco-belge. Il a dessiné avec une régularité impressionnante, marquant le neuvième art de son trait rugueux et de son pessimisme flamboyant.

Vous pouvez retrouvez et réservez les albums d’Hermann auprès de la médiathèque

Mise à jour : 26 mars 2026